4 mythes sur le Moyen Âge

Image: Vigerons sur un vitrail de la cathédrale de Chartres, 13e siècle

Lawrence OP / Flickr / CC 2.0

Agence Science-Presse, le 6 avril

Laurie Naureau

Le Moyen Âge a mauvaise réputation. Il est souvent représenté à lʹécran par des héros violents et une société inculte. Pourtant, cet « âge des ténèbres » est loin d’être aussi obscur. Le Détecteur de rumeurs explore quatre des mythes associés à cette période de lʹhistoire européenne comprise entre les années 500 et 1500 de notre ère.

1) Non, le Moyen Âge n’était pas si violent

Les œuvres de fiction campées dans le Moyen Âge —ou dans une société « inspirée » du Moyen Âge, comme Game of Thrones— nous ont habitués à des scènes d’une extrême violence. Il suffit de penser à la télésérie Vikings ou au jeu vidéo (et maintenant série téléThe Witcher. La vie était-elle aussi brutale durant ce millénaire?

En réalité, ces images sʹinspirent du début du Moyen Âge, après la chute de l’Empire romain au 5e siècle. Les vieilles structures politiques sont disparues, tout comme le commerce qui sʹétendait d’un bout à lʹautre du monde romain. En lieu et place, différents groupes qui tentent d’imposer leur domination: c’est une période marquée par des conflits tribaux, explique Geneviève Dumas, spécialiste de lʹhistoire des sciences, des techniques et de la santé à l’Université de Sherbrooke.

En comparaison, la période entre lʹan 1000 et lʹan 1500 est celle de la construction des cathédrales, d’une explosion du commerce aux quatre coins de l’Europe —et au-delà: Marco Polo était avant tout un commerçant — ainsi que d’une croissance urbaine… On est donc loin de l’image d’un « âge des ténèbres ».

Même pour la période apparemment plus sombre des deux ou trois siècles suivant la chute de l’Empire romain, il est difficile de quantifier le niveau de violence puisque peu dʹécrits sur le sujet ont survécu et qu’ils sont souvent incomplets. La violence était probablement plus présente quʹaujourdʹhui, mais les meurtres nʹétaient pas courants. Si certaines formes de violence étaient tolérées (la violence conjugale dans des cas dʹadultère par exemple), on voyait cependant d’un très mauvais œil les actes de cruauté. La population ne tolérait pas non plus la violence sur la place publique, qu’on attribuait à un manque de contrôle.

Il ne sʹagit pas de nier la place occupée par des conflits armés, et en particulier les croisades, à partir de lʹan 1095. Mais même la chaîne en langue arabe Al-Jazeera, dans un documentaire en quatre épisodes diffusé en 2016, a senti le besoin de corriger l’image caricaturale des chrétiens barbares et assoiffés de sang, pour rappeler que ces deux siècles (1095-1291) ont donné lieu à des alliances politiques et militaires entre chrétiens et musulmans, à des relations commerciales, à des partages des lieux sacrés et à des échanges intellectuels. Une réalité « généralement ignorée », déplore lʹhistorien Suleiman Mourad. « L’attention sur la violence a dominé lʹintérêt moderne sur les croisades. »

2) Non, on ne croyait pas que la Terre était plate

À la fin de ce qu’on appelle aujourdʹhui le Moyen Âge, certains des intellectuels qui redécouvrent les œuvres de l’Antiquité grecque et romaine sentent le besoin de prendre leurs distances du millénaire précédent. C’est le cas de lʹauteur italien Pétrarque qui, au 14e siècle, décrit les siècles sombres qui ont, selon lui, suivi la grandeur de la civilisation gréco-romaine. Cette perception réductrice d’un « âge des ténèbres » va survivre jusquʹà aujourdʹhui : une perception d’un Moyen Âge dominé par un obscurantisme jusquʹà ce quʹarrive lʹépoque qu’on a appelée, pour cette raison, la Renaissance.

Sauf que les sociétés médiévales n’étaient pas aussi ignorantes qu’on a bien voulu le faire croire.

Par exemple, les érudits de lʹépoque ne croyait pas que la Terre était platemême si, pour la plupart, ils croyaient qu’elle était au centre de l’Univers.

En fait, même s’ils sont moins connus que les Galilée et Copernic du 17e siècle, les intellectuels du Moyen Âge européen ont laissé des traces: Robert Grosseteste et Roger Bacon qui, au 13e siècle, ont décrit la méthode scientifique telle qu‘on la définit aujourd’hui, Thomas Bradwardine, avec ses travaux en physique sur la vitesse et l’accélération, etc.

Lʹépoque médiévale a aussi vu apparaître l’astrolabe, un petit instrument de mesure astronomique que lʹhistorien britannique Seb Falk décrit comme « l’équivalent du téléphone intelligent. Il peut indiquer le temps de la journée, aider à retrouver son chemin et suivre la position des étoiles ».

3) Oui, il y a eu des avancées scientifiquesgrâce au monde arabe

Reste que, pour réaliser toute lʹampleur des innovations scientifiques de cette époque, il faut d’abord tourner son regard de lʹautre côté de la Méditerranée. « On ne peut pas parler de la science au Moyen Âge sans aborder la contribution du monde arabe », souligne Geneviève Dumas. « Il y a une ébullition dʹidées et énormément de circulation des savoirs scientifiques autour de la Méditerranée. » On voit émerger des connaissances considérées aujourdʹhui élémentaires, en mathématiques, en astronomie, en géographie et même en médecine. Beaucoup d’inventions, comme l’astrolabe, mais aussi le papier, ont en fait été transmises aux Européens par les Arabes.

C’est ainsi le cas de lʹalgèbre et d’une bonne partie des opérations mathématiques aujourdʹhui usuelles: une simple multiplication était impossible avec des chiffres romains. Le système de numérotation, « chiffres arabes », qui est celui que nous utilisons, a permis l’émergence de la physique et des calculs astronomiques, entre autres.

C’est également dans le monde arabe de cette époque que sont apparues les premières horloges mécaniques. Ainsi que les lunettes, qui seront à lʹorigine des longues-vues, puis des télescopes.

Ces savoirs ont été traduits et importés en Europe après lʹan 1000 —entre autres grâce aux croisades, mais aussi via ce qui est aujourdʹhui lʹEspagne, territoire musulman jusquʹau 15e siècle. C’est dʹailleurs dans les années 1100 quʹapparaissent les premières universités européennes. Et la méthode pédagogique n’a pas beaucoup changé au fil des années. « Les universités naissent avec le même système quʹaujourdʹhui : on passe des examens et on obtient des licences pour pratiquer la médecine », rappelle lʹhistorienne Geneviève Dumas.

4) Non, les chevaliers n’étaient pas si romantiques

En opposition aux médiévaux barbares et brutaux, on veut souvent présenter les chevaliers galants, braves et loyaux. « Cette vision romantique du Moyen Âge était déjà populaire à lʹépoque, confirme Geneviève Dumas. C’est ce à quoi tout le monde aspire : faire partie de la noblesse, de lʹaristocratie. »

Malheureusement pour les plus romantiques, ces nobles chevaliers à lʹamour courtois existaient surtout… dans la littérature. Maints poèmes et ritournelles, composés en gros entre les années 1000 et 1300, ont mis en scène ces superhéros à lʹarmour étincelante, dévoués à une gente dame.

Ces récits ont au moins l’avantage de faire apparaître les femmes dans la littérature. Mais ces relations passionnelles semblent avoir été plutôt rares et ce mythe, surtout alimenté par des écrivains. Au point lorsquʹapparaîtra lʹimprimerie, au 15e siècle, les romans de chevalerie feront partie des ouvrages les plus populaires — quoique loin derrière la Bible et les ouvrages religieux.

Question de vérification

Selon l’article, quelle invention était l’équivalent du téléphone intelligent de nos jours?

invitation!

Vous êtes invités à la rencontre inaugurale de l’ACAF!

Samedi 4 juin 2022, de 14h à 17h

Royal Ontario Museum (ROM)

Visite de la collection du ROM: 14h à 15h

Rencontre hybride:  15h à 16h

(en présentiel ou sur Zoom)

Réception vin-fromage: 16h à 17h

Implementation in Progress

This section is currently under construction. If you wish to provide feedback or report a bug error, please click on the button below