Rétroviseur : à qui appartient le Labrador ?
Guillaume Bourgault-Côté
l’actualité, le 23 août 2026

L’argument voulant que le Québec se soit fait « voler » le Labrador ressurgit souvent… mais n’est pas appuyé par l’histoire, rappelait notre collaborateur Jean-Benoît Nadeau en 2022.
Si plusieurs ont applaudi à la fin 2024 le protocole d’entente signé par les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve concernant le complexe hydroélectrique de Churchill Falls, Paul St-Pierre Plamondon n’était pas dans le camp des heureux. Tout le contraire.
« J’ai trouvé ça relativement humiliant pour le Québec de voir ce spectacle empreint de mépris pour une entente qui était parfaitement valide », a commenté le chef du Parti québécois en évoquant le fait que la nouvelle entente devait écraser celle en vigueur, qui avait été signée en 1969 et ne venait pas à échéance avant 2041.
Du même souffle, il déplorait « qu’on passe sous silence le vol du Labrador, à travers une décision du Conseil privé [de Londres, prise en 1927] qui n’a aucun sens ». Ailleurs, il affirmait que « le Québec [avait] perdu le Labrador pour aucune raison valable ».
Deux ans plus tôt, dans le numéro de juillet-août 2022 de L’actualité, le député péquiste Pascal Bérubé soutenait essentiellement la même chose dans un long reportage de Jean-Benoît Nadeau portant sur « le vol du Labrador » : « On s’est fait voler le Labrador de manière arbitraire », disait-il.
Vraiment ? Ce n’est pas si sûr. Dans ce qu’on pourrait appeler une enquête géographique, notre collaborateur avait remonté le fil de cette histoire de vol, et pas qu’un peu : jusqu’au XVIIe siècle. Les détails dans le texte sont captivants — il est notamment question du roi Charles II d’Angleterre, de la Compagnie de la Baie d’Hudson, du traité d’Utrecht, de la Proclamation royale, de l’Acte de Québec, et de bien d’autres repères qui nous rappellent que l’histoire s’écrit rarement de manière linéaire…
Au fil du temps, le Labrador a (notamment) appartenu soit au Québec, soit à Terre-Neuve, soit à personne. Ainsi, au début du XXe siècle, le Canada, le Québec et Terre-Neuve ont voulu clarifier tout ça et ont porté la cause devant le Comité judiciaire du Conseil privé de Londres pour qu’il tranche (c’était, en la matière, l’ultime instance). Ce qui fut fait, en faveur de Terre-Neuve — une décision restée en travers de la gorge du Québec depuis.
Le texte a la bonne idée de remettre au premier plan les conclusions de la Commission d’étude sur l’intégrité du territoire du Québec (CEITQ), une instance mise sur pied par le gouvernement québécois dans les années 1960. Son mandat : « faire la lumière sur la définition du territoire québécois, en se penchant notamment sur la très épineuse question du Labrador ».
Pendant six ans, les experts ont « épluché et analysé des milliers de pages d’études, de correspondance et de cartes. À lui seul, le Labrador occupe 18 des 33 tomes de l’impressionnant rapport », souligne Jean-Benoît Nadeau.
Or, la lecture du rapport final de la Commission ne laisse planer aucun doute, écrit-il : « la décision du Conseil privé de Londres était légitime et incontestable ». Je vous laisse découvrir la suite, quelques jours après la signature d’un nouveau protocole d’entente entre Québec et Terre-Neuve autour des ressources hydroélectriques et éoliennes du Labrador…